| Taeko Tomioka |
[06 Apr 2005|11:32pm] |
Il est temps que je parle de musiciens japonais un peu tout de même. Le principal obstacle c'est de trouver des MP3 pour pouvoir donner une idée. Pour ce disque, même un bon scan de pochette était trop demander, alors j'ai décidé de prendre les choses en main. Écoutons donc deux morceaux de Taeko Tomioka : 物語のようにふるさとは遠い (Monogatari no youni furusato wa tooi, le titre de l'album) et その日は明るい晴れた日だった (Sono hi wa akarui hareta hi datta, ça calme hein ?)
Malheureusement je ne sais presque rien de cette dame. Cet album a été enregistré fin 1976 et vient de ressortir chez P-Vine (l'original était chez Toshiba EMI), et la chanteuse y est accompagné de Ryuichi Sakamoto et d'autres gens qui ont un rapport plus ou moins lointain avec le Yellow Magic Orchestra. Il y a des infos dans le livret mais ça reste assez cryptique pour moi. Je ne crois pas qu'elle ait fait grand chose d'autre, mais j'ai peut-être tort ? La première surprise est la voix assez particulière, pas du tout dans les clichés pop japonais (ce n'est pas Kahimi Karie, quoi, ou Hi-Posi dont je devrais parler un de ces quatre), et le style de chant parfois un peu théâtral ou rappelant des styles plus traditionnels (je ne développerai pas, je ne connais pas assez la variété japonaise...) Et puis l'instrumentation, même si elle est sans conteste dans la mode des seventies, fait preuve d'une assez grande diversité, j'aime en particulier la rythmique élastique et les gargouillis électroniques dans le fond. Le dernier titre est bâti sur des sinusoïdes qui annoncent des gens comme Sachiko M, pour il y a presque trente ans, je trouve ça pas mal. Je ne sais pas combien de temps les fichiers seront en ligne, alors ne traînez pas !
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| What We Must |
[05 Apr 2005|12:36am] |
What We Must : excellent titre que celui du nouvel album de Jaga Jazzist, l'orchestre post-rock norvégien, qui sort ces jours-ci. Il y avait un autocollant avec le disque, qui a trouvé très naturellement sa place sur mon agenda, le livre des choses qu'il faut faire.
Et parmi les choses à faire, écouter ces sept longs morceaux qui font bien sûr beaucoup penser à Tortoise (une similiraté frappante sur leurs derniers disques respectifs, l'utilisation ironique, bien qu'un peu ambiguë, de samples cheap de chœurs new-age...) mais qui font preuve tout de même de beaucoup de personnalité, avec notamment beaucoup d'instruments à vent. Le meilleur compliment qu'on puisse faire à ce disque je pense est que malgré la durée des morceaux on ne voit pas le temps passer : les huit minutes du premier titre en paraissent à peine trois... tant mieux car le disque nécessite plusieurs écoutes pour apprécier à sa juste valeur, et il vaut mieux l'écouter assez fort aussi. Il existe même plusieurs éditions avec des titres en plus (démos et remixes) qui pour une fois ne sont pas inintéressants. Malheureusement je ne trouve pas d'extraits de ce disque en ligne pour le moment (ça devrait venir), en attendant écoutez donc Day, un des meilleurs titres de l'album précédent (tout à fait recommandable lui aussi : peut-être plus immédiat.)
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| Reprenons |
[30 Mar 2005|08:18pm] |
David me propose de prendre le relais pour un quizz littéraire, ça me fait une bonne raison de m'y remettre (promis, je reparle de musique très bientôt avec plein de japonais(es) super !) 1. Combien lisez-vous de livres par an ? Je dirais au pif une vingtaine. J'ai des périodes où je lis beaucoup, d'autres où je lis pas du tout. Des fois je dois lire beaucoup d'articles de recherche ou de livres techniques, et beaucoup de documentation, ça a tendance parfois à me couper l'envie de lire autre chose. 2. Quel est le dernier livre que vous ayez acheté ?
 Deux livres de Kiriko Kubo. C'est une artiste japonaise que j'avais découverte (comme Suehiro Maruo, par exemple) grâce à John Zorn, qui avait composé la musique de quatre dessins animés tirés de la série Cynical Hysterie Hour (actuellement disponible chez Tzadik sous le nom de Filmworks VII. Indispensable, sans doute un des meilleurs disques de Zorn.) Elle a aussi illustré la pochette du Cobra publié chez Hat Hut (qui n'a pas survécu à la réédition... snif.) Bref, c'est une dessinatrice relativement connue au Japon, bien qu'assez discrète, je crois d'ailleurs qu'elle habite à Londres en ce moment. Les deux livres que j'ai achetés sont les premiers tomes de deux de ses séries, Cynical Hysterie Hour, donc, et celle qui a l'air d'être sa plus célèbre, Imadoki no kodomo ("les enfants d'aujourd'hui") ; des histoires de gamins farfelues dans les deux cas. J'avais déjà quelques un de ses livres dont j'appréciais le graphisme simple et fantaisiste, même si je ne comprenais rien aux histoires. Maintenant que j'apprends le japonais j'essaie de lire vraiment mais c'est pas gagné :( 3. Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?
 Je suis en plein dans Vineland de Thomas Pynchon en ce moment (j'étais peinard en train de le lire quand j'ai reçu le message de David.) Un bouquin dense et compliqué sur la Californie sous Reagan et les mouvements contestataires étudiants qui ont précédés, impossible à résumer ou à décrire comme tous les autres livres de Pynchon. Le personnage principal me fait penser au Dude de Big Lebowski, et une partie du bouquin qui semble avoir largement inspiré Tarantino pour Kill Bill. J'ai hâte de voir où tout cela mène car chaque page est une nouvelle surprise. Le livre précédent ça doit être L'invention de Morel de Bioy Casarès, un choix dûment approuvé par Marie-Pierre (à qui David a aussi passé le relais.) 4. Listez 5 livres qui comptent beaucoup pour vous ou que vous avez particulièrement appréciés. Pas facile, mais allons-y par ordre alphabétique d'auteur... Le Maître et Marguerite de Mikhail Boulgakov : ça déchire grave.
Fictions de Jorge Luis Borges : le premier livre de Borges que j'ai lu, celui qui m'a le plus marqué.
Tales from Moominvalley de Tove Jansson : je crois bien que c'est celui auquel je pense, en réalité mon histoire préférée est celle où Papa Moumine suit les Hatifnates en bateau. J'avais adoré quand j'étais gamin, et quand j'ai essayé de retrouver les livres plus tard j'ai découvert avec stupéfaction que c'était quasiment introuvable en français à présent... heureusement on trouve tout en anglais (sauf les bandes dessinées, mais elles existent en japonais) donc c'est déjà ça. Tove Jansson était une très grande dame, et ses livres sont encore mieux que ce dont je me souvenais.
Ada, or Ardor de Vladimir Nabokov. J'imagine le vieux Vladimir, dans son hôtel à Montreux, en train d'écrire cette histoire de gamins incestueux... quelle claque n'empêche.
A Confederacy of Dunces de John Kennedy Toole. À ma grande honte je suis obligé d'avouer que je ne sais même pas si « Kennedy » fait partie de son prénom ou de son nom de famille. J'ai découvert ce livre par hasard, qu'on avait donné à mon frère et qui ne l'avait pas lu, et quelle découverte. Ça doit être le livre le plus drôle que j'ai lu, mais aussi très émouvant, avec des dialogues proprement incroyables (« Whoa! ») Par contre je ne sais combien de fois j'ai vu des livres qui sont comparés à celui-ci, méfiance, ce n'est jamais vrai (même s'il y a eu des bons bouquins dans le lot.)
5. A qui allez-vous passez le relais (3 blogs) et pourquoi ? Joker.
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| The Skygreen Leopards: Life and Love in Sparrow's Meadows (Jagjaguwar LP) |
[25 Feb 2005|03:51pm] |

J'ai acheté ce disque un petit peu au hasard, il a une belle pochette et j'ai l'impression d'être un peu à la bourre en ce qui concerne le label Jagjaguwar, et puis ils nous tannent tous les quinze jours avec le collectif Jewelled Antler sur la liste d'Aquarius Records (à lire impérativement, cependant !) alors bon, soit, essayons. Les deux premiers titres, Mother the Sun Makes Me Cry et Belle of the Woodsman's Autumn Ball résument très bien le disque, et me font irrésistiblement penser à... impossible de retrouver qui :( Mais quand on se sent un peu flemmard, l'envie de ne rien faire, vautré sur son tapis chauffant en écoutant ce folk un peu paresseux (ce n'est pas du tout une critique), dépouillé mais pas austère, avec ses bruits de forêt en arrière plan, c'est un disque idéal.
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| Hood: Outside Closer (Domino LP) |
[25 Feb 2005|02:51am] |

Je comptais aussi parler de disques sortis cette année, et en fait j'ai déjà pas mal de matos de prévu. Comme il faut bien commencer quelque part, commençons donc par Hood, nos joyeux amis de Leeds qui sortent leur énième LP sur Domino. Cet album est dans la droite lignée de leurs précédents disques depuis Rustic Houses, Forlorn Valley où ils avaient opéré un changement assez dramatique après une première période où ils étaient plutôt proches de Boyracer (ceux qui les ont vus à Grenoble sur le campus (!) il y a un bon moment maintenant doivent s'en souvenir...) Leurs disques se suivent et se ressemblent (les pochettes sont très similaires...) mais chacun a sa particularité, et Outside Closer ne déroge pas à la règle. Le disque commence pourtant de manière assez classique par le titre The Negatives : mélodie simple et lancinante, violons, voix féminines, c'est plus ou moins le ton du disque. Il faut à mon avis bien se mettre dans l'ambience sinon cela devient justement de la musique d'ambience, d'ameublement... mais au calme, tard, en écoutant attentivement, il peut vraiment se passer quelque chose. Je regrette cependant de ne pas pouvoir faire un lien vers le single, The Lost You, qui est vraiment l'un des moments forts du disque, où voix et rythmiques sont délicatement hachées (à la Prefuse 73, dont on reparlera dans un mois avec le nouvel album, ou comme certaines batteries de Tortoise sur Standards), et le morceau est même s'interrompt au milieu pour créer une tension assez particulière. Il y a un autre exemple sur le disque, ce qui lui donne un peu d'excitation et l'empêche de sombrer dans une trop grande torpeur (même si ça lui va tout de même assez bien.) Il doit être possible de trouver une vidéo de ce morceau quelque part... Par contre, si les extraits du nouvel album se font un peu rares, il y a quand même pas mal de titres moins récents à écouter sur le site de Domino, et pour les nostalgiques de la première période, de quoi s'occuper un moment (pour ceux qui sont sous la neige par exemple.)
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| Les Pascals, Star Pine's Café, Kichijoji |
[21 Feb 2005|03:09am] |

On aime parfois une chanson à cause d'un seul moment, souvent très court, que l'on se repasse sans arrêt. Parfois, c'est un disque que l'on aime à cause d'une seul chanson que l'on écoute en boucle. On peut aussi adorer un artiste surtout pour un des ses disques. J'ai vraiment adoré la version de "Moon River" qu'ont fait les Pascals sur leur premier disque, mais je n'ai jamais vraiment écouté le reste de leur œuvre. Petit rappel : Rocket Matsu (quel nom !) forme les Pascals en hommage au Pascal en chef, pas Blaise, mais Comelade. Véritable orchestre d'une quinzaine de musiciens, ils ne font d'abord que des reprises du bonhomme, puis étendent leur répertoire (Mancini vu plus haut, Nino Rota, Brian Eno, etc. mais aussi des compositions originales). Les arragnements sont toujours impeccables, aussi irréprochables que leurs références. Ils fêtent la sortie de leur nouveau disque et s'apprêtent à partir en tournée en Europe le mois prochain. Ce soir, les quinze musiciens (violons, violoncelles, guitare, ukulélé, banjo, mandoline, harmonica, mélodica, piano, piano jouet, percussions, trompette, saxo, plus un tuba en guest-star) jouent au Star Pine's Café, une belle salle de Kichijoji, quartier jeune et branché un peu à l'extérieur de Tokyo (mais pas trop loin, ouf), où on a pu voir précédemment les Ruins, Jon, Half Japanese, et peut-être bientôt Mayo Thompson (à suivre.) Ils joueront deux sets. Pendant le premier set, je repense à Shibusashirazu, autre big band bien barré qui m'avait bien botté, et je me fais intérieurement tous les reproches que l'on pourrait faire aux Pascals : leur musique est trop appliquée, trop sage, trop jolie ; elle est fantaisiste mais pas folle. Ce qui marche bien sur disque, où l'on peut écouter attentivement chez soi, ne me paraît très convaincant quand on est debout dans une salle de concert. Leur nouveau disque s'intitule Dodeskaden, et ils jouent un arrangement du thème de Toru Takemitsu. C'est finalement un peu convenu (le thème, très simple, est repris plusieurs fois pas les différents instruments, chacun son tour) et si on retrouve avec plaisir la belle simplicité de la mélodie originale, l'orchestration perd un peu en sobriété... J'ai aussi un peu de mal avec les violons, parfois trop présents et qui donnent une certaine gravité à l'ensemble, même s'il y a aussi de belles trouvailles (certaines rythmiques font penser à du krautrock acoustique, et un des violoncellistes utilise des effets électroniques avec beaucoup d'inventivité). Après la fin du premier set, l'enthousiasme est descendu de quelques crans alors je vais faire un tour au bar histoire de voir si il y a moyen d'arranger la situation. Une bière plus tard, le deuxième set commence, et cette fois ci je trouve la musique magnifique. Les quelques morceaux chantés sont bienvenus (je me demande pourquoi ils ne chantent pas plus souvent d'ailleurs) et le morceau le plus calme est aussi le plus beau de la soirée, avec comme point d'orgue un solo de violoncelle joué à la scie circulaire (!!!) qui restera sans doute longtemps gravé dans ma mémoire. J'oublie tout le mal que j'ai pensé du premier set pour me perdre avec plaisir dans le deuxième, qui du coup semble beaucoup trop court. Peut-être que ce sont ces quelques instants magiques de scie circulaire qui m'auront fait tant apprécier ce concert, finalement (surtout qu'ils n'ont pas joué "Moon River"). Par contre pour les MP3, encore une fois on peut se brosser. Grrrr
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| Fils du Métal |
[06 Feb 2005|11:15pm] |

Hier, très belle affiche METAL à Shibuya : Mastodon, Converge et Isis le même soir c'est quand même pas rien. D'un autre côté, un copain qui part et un autre qui vient chargé de foie gras fait maison avec du paprika... bon quand même 5 500 yens (dans les 45 euros) c'est pas donné non plus et je ne roule pas sur l'or en ce moment... et puis Isis c'est pas mal sur disque mais un peu chiant en concert et je les ai déjà vus... alors tant pis. Ce sera une fausse chronique de concert aujourd'hui. Apparemment c'est Isis qui jouait en premier. Isis est souvent décrié comme étant une pâle copie de Neurosis ; superficiellement il y a évidemment beaucoup de points communs, les morceaux sont longs, lents, emphatiques. Je suis leur discographie depuis deux ou trois albums, à chaque fois je trouve qu'il leur manque quelque chose, sans arriver à mettre le doigt dessus ; et en même temps il y a toujours quelque chose de captivant dans leurs disques. Quant à la scène, ce n'est pas trop leur point fort : il y a du volume, mais c'est très statique, ça ne change pas trop des disques sauf qu'on est debout dans une salle enfumée. Bref, pour se faire une idée, un très bon morceau d'un album plus ancien — Constructing Towers. Un de ces quatre je causerai des Red Sparowes, qui sortent leur premier album bientôt et comptent dans leurs rangs des membres d'Isis et Neurosis justement. La suite c'est Converge normalement, et là on change de style, ça devient carrément plus rapide et furieux. J'ai eu une période metal quand j'étais plus jeune mais à cette époque les groupes metal/hardcore craignaient vraiment, c'était des trucs genre Biohazard, Crowbar, bien relous. Du coup quand j'ai été assez surpris de redécouvrir plus tard qu'il était possible de faire ça bien, et en l'occurrence Converge semble être au top. Mon disque préféré pour l'instant est « Jane Doe » mais sur leur dernier album (« You Fail Me », chez Epitaph, eh oui !) ils ralentissent un peu et louchent parfois même du côté de Cure. Parfait contre-exemple : Black Cloud. J'ai parlé l'autre jour d'un concert punk à Shinjuku... peu après le concert, un type engage la conversation (tant bien que mal avec mon japonais si sophistiqué.) Arrive le moment fatidique où nous comparons nos achats de la journée, chacun ayant acheté des vinyles avant le concert apparemment. J'avais uniquement « Leviathan », le deuxième album de Mastodon, sorti l'an dernier et enfin trouvé en vinyle (bleu en plus, ha !) Voyant ça, mon interlocuteur s'exclame « Rirapusu Metaru !!! » et sort fièrement son exemplaire du nouveau High on Fire (pareil, j'en parlerai un peu plus tard de celui-ci.) Nous voici donc deux adeptes du Relapse Metal (Relapse c'est le nom du label, hein.) Et Mastodon, c'est vraiment le métal qui a la classe, un concept surprenant, je sais, mais pourtant pas une faute de goût, ça masse et c'est tout. Bon si en fait c'est quand même assez excessif, la pochette en rajoute sur les dorures et le thème unificateur du disque semble tout droit sorti de « Moby Dick », mais vous voyez ce que je veux dire. Il y a des anciens de Today is the Day dans le groupe, et leur batteur a un jeu assez incroyable composé à 98% de roulements de toms et de caisse claire. Tout le monde s'extasie sur leur deuxième album, mais le premier était vraiment bien, un peu moins varié peut-être. J'aurais bien aimé voir ça sur scène (Converge aussi a l'air d'être captivant en concert) mais bon le foie gras était super, ainsi que le butakakuni (porc hyper-fondant... hmmm...) Une petite dose de rirapusu metaru : Iron Tusk.
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| 渋さ知らズ (Shibusashirazu), Shinjuku Pit Inn, mardi 1er février 2005 |
[02 Feb 2005|01:11am] |

Shibusashirazu (Never Be Cool) est un big band en folie, une fanfare délirante, mélangeant allègrement free jazz, musique des balkans, le butoh et les Claudettes, sautant sans effort d'une ambience fellinienne à une reprise de Sun Ra à un thème qui aurait pu servir de générique pour « Champs Élysées ».
Ils étaient en concert ce soir au fameux Shinjuku Pit Inn, club de jazz assez connu de Tokyo. C'est une salle assez petite alors j'avais bien pris soin de réserver une place, malheureusement avec le ticket numéro 136 j'étais quand même debout au fond (heureusement qu'ils avaient viré les tables et rapproché les chaises sinon il aurait fallu refuser du monde), mais je voyais quand même assez bien ce qui se passait. Et il s'en est passé des choses !
Les musiciens commencent à s'installer, ils seront quinze (saxophones en pagaille, trompettes, tuba, guitares et basse électriques, deux batteries, flûte, piano, violon, etc.) plus un chef d'orchestre et sept danseurs et danseuses — ils ne rentreront pas tous sur la petite scène et vont déborder joyeusement dans le public. Les musiciens s'installent donc petit à petit, une saxophoniste (qui ressemble à une institutrice, lunettes au bout du nez et béret sur la tête) commence à souffler discrètement, puis d'autres la rejoignent, les lumières baissent au bout de quelques minutes et finalement ça a bel et bien commencé. Un début un peu déroutant, je m'attendais à voir des danseurs et à ce que ça pète dans tous les sens mais en fait la musique est plutôt douce-amère, même si le volume augmente progressivement à mesure que d'autres musiciens se joignent. Les danseurs commencent à pointer leur nez sous forme d'apparitions fantomatiques, cachés sous des couvertures.
Mais le concert va durer finalement trois heures et le groupe va faire preuve d'une belle diversité — il y aura du beau et du moins beau, du bon goût et du mauvais, tous les moyens seront bon pourvu que ça serve la musique. Les musiciens sont d'horizons variés, les deux seuls que je connaisse viennent de groupes comme Altered States ou Ground Zero (le batteur Yoshigaki Yasuhiro et le guitariste Uchihashi Kazuhisa), les autres je les juge d'abord au look : un guitariste dreadlocké avec vieille telecaster, Cry Baby et ampli Orange, qu'on entendra assez peu (il joue même en dehors de la scène) sauf pendant deux longs solos complètement psychédéliques ; un vieux sax ténor au jeu puissant qui semble être le mentor des autres cuivres ; une flûtiste/chanteuse qui rappelle un peu Phew — elle chante une chanson qui rappelle même Big Picture — et se joindra avec enthousiasme aux danseuses quand sa présence sur scène ne lui semblera pas indispensable ; un bassiste qui joue ou jouait dans le groupe rock Friction, si j'ai bien compris ; un joueur de tuba : pas besoin d'en dire plus ! Tous apportent leur pierre à l'édifice, même si certains sont plus présents que d'autres : j'ai particulièrement aimé le jeu de Uchihashi, dont la tonalité se marriait très bien avec les cuivres, et qui a fait un très beau duo avec le sax ténor.
Cet assemblage a priori incongru, en tout cas hétéroclite, est bien entendu un point fort pour le groupe, mais aussi un point faible, car les compositions souffrent parfois un peu du trop plein d'activité sur scène, il y a certains passages un peu confus et les morceaux sont souvent un peu trop étirés, et semblent ne jamais vouloir se terminer ; pourtant, on n'a jamais vraiment non plus envie que ça s'arrête. Et les musiciens, pas plus : à la fin du premier set, on annonce dix minutes de pause, mais la musique reprend en douce au bout de deux-trois minutes, et le deuxième set démarre comme le premier. Même une fois le concert terminé, les cuivres mettent un point d'honneur à quitter la scène en jouant, traversant le public pour sortir de la salle (je n'ai pas bien compris s'il y avait des loges au Pit Inn, les musiciens entrent sur scène par une porte sur le côté qui donne directement sur l'extérieur du club !) À cet instant, on n'en aurait pas attendu moins de leur part.
Si vous voulez avoir une vague idée de ce à quoi ça peut ressembler sur scène, il y a sur leur site quelques photos et de vagues extraits de leurs disques, malheureusement pas de morceau entier en MP3. C'est un vrai foutoir, baladez vous, il y a des choses à voir, même quand on n'y comprend rien. Je guetterais notamment leurs futures prestations à l'étranger, une tournée en Europe semble prévue au printemps 2005.
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| Hardcore impromptu |
[28 Jan 2005|03:36am] |

Yoko n'est pas là cette semaine et je m'ennuie un peu. Je vais traîner mon vague à l'âme du côté de Shinjuku 7-chome, où on trouve tout un tas de disquaires planqués au sous-sol ou au septième étage d'un immeuble anodin. Mon objectif étant de mettre la main sur l'album de Now Time Delegation paru chez In the Red et entendu la nuit du 31 décembre (merci J.-P.) je mets le cap sur Tiger Hole Records, qui devrait avoir ça, sauf que je ne me souviens jamais de la localisation exacte de ce magasin. En cherchant, je tombe par hasard sur le club D.O.M. qui programme habituellement des concerts punk, hardcore et metal, et je me dis que je pourrais en profiter pour voir quel est leur programme. Et là, surprise, il y a un groupe que je connais qui joue, et deux autres dont j'ai entendu parler. Allons voir. Bon, une mauvaise surprise pour commencer, c'est U.G. Man qui ouvrait la soirée et j'arrive au moment où ils quittent la scène. Je les avais vu en décembre en première partie des Wrangler Brutes (avec Sam McPheeters de Born Against, entre autres) et c'était vraiment bien, très influencés par les groupes SST, Black Flag en particulier, mais en plus chaotique. Tant pis pour cette fois-ci, passons donc au groupe suivant... J'avais entendu parler de Gallhammer auparavant, et j'étais assez curieux de voir ce que ça donnait : un groupe de black metal composé de trois filles. Eh bien les voilà sur scène, et on découvre rapidement que c'est exactement ça, un groupe de black metal avec trois filles. Elles ne jouent pas très bien et on n'entend pas tellement la guitare, donc c'est un peu décevant, même si les hurlements gutturaux sont tout à fait convaincants. La suite, c'est un groupe plutôt garage, Sleepers : deux garçons et une fille qui chante et joue de la guitare. Musicalement ça ne va pas très loin et la chanteuse n'est pas très bonne (on ne l'entend pas tellement, ouf), mais : elle est jolie, court vêtue, et a une Gretsch couverte de strass. Ce qui suffit largement à sauver leur prestation. (Et elle se démerde bien avec sa Gretsch au bout du compte.) Le dernier groupe s'annonce assez mal... Les Colored Rice Men ont un super nom mais une drôle de dégaine : le guitariste a l'air d'un vieux hippie vêtu d'un pyjama aux motifs kitsch et néanmoins japonais, le bassiste a le crâne rasé et une crête à l'arrière de la tête seulement (!), je vous laisse imaginer, quant au chanteur, il a l'air trop bourré pour comprendre que le concert commence. Ah oui, j'oubliais qu'il y avait aussi un saxophoniste (?!) Dès les premiers accords, ça part assez mal, une espèce de soupe dissonnante incompréhensible... qui ne dure heureusement pas. Après quelques dizaines de secondes de ce régime, le chanteur (j'ai oublié de dire qu'il avait un bob, c'est important) se hisse péniblement sur scène, et la demi-heure qui suit est une déferlante hardcore assez incroyable qui met la salle en émoi, y compris les filles de Gallhammer qui font du headbanging juste à côté de moi (c'est une salle minuscule.) Ça part dans tous les sens, c'est juste ce dont j'avais besoin à ce moment-là. Après le concert, j'achète un de leur T-shirts, ce qui semble les surprendre, mais me vaut moults compliments quant à ma maîtrise de leur langue (compliments totalement immérités, m'empressé-je d'ajouter.) Pour finir, je voudrais préciser que le but original de ce blog est de mettre des liens vers des MP3 pour qu'on puisse écouter tout ça. Malheureusement, pour ce genre de groupes vous pouvez aller vous brosser (essayez de trouver des infos sur un groupe de garage japonais qui s'appelle Sleepers, vous m'en direz des nouvelles). Seule exception : Gallhammer, qui ont une page d'extraits sonores, la plupart des morceaux sont tronqués mais on se fait rapidement une idée. Quant à la photo des Colored Rice Men, je l'ai piquée honteusement à mon ami Steven Schultz, je pense qu'il ne m'en tiendra pas rigueur. Épilogue. Le lendemain j'arbore fièrement mon t-shirt des Colored Rice Men, je vais même courir avec, puis je me rends compte en allant prendre ma douche que je l'ai porté à l'envers toute la journée, car le motif dans le dos est bien mieux que celui de devant. D'oh ! Et je n'ai ni trouvé Tiger Hole, ni le disque de Now Time Delegation.
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